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L'archéologie, c'est quoi ?

L'archéologie est, littéralement, la "science des choses anciennes". Elle s'attache à reconstituer la vie des hommes qui nous ont précédés, à retrouver un passé que nous avons peu à peu oublié. L'archéologie poursuit le même but que l'histoire. L'historien va étudier les textes anciens parvenus jusqu'à nous. L'archéologue va exhumer les vestiges, les traces matérielles que nous ont laissé nos ancêtres afin de reconstituer leurs modes de vie. L'archéologue va travailler sur un ou plusieurs "sites archéologiques", c'est à dire des lieux qui ont conservé les traces (quelles qu'elles soient) d'une activité humaine passée. L'archéologue va utiliser plusieurs méthodes afin d'enregistrer et comprendre ces traces.

La prospection

Prospection aérienne : Vienne, Sanxay, Herbord. Les murs de cet édifice gallo-romain apparaissent en plus clair dans le champ, grâce à la pousse plus lente des végétaux. Tout un plan se dessine ! Auteur photo : Maurice Marsac

Afin de pouvoir repérer de nouveaux sites et les étudier, l'archéologue va réaliser des prospections. Il existe deux méthodes principales de prospection : La prospection pédestre, la prospection aérienne.

La prospection pédestre consiste à arpenter les champs afin de repérer en surface des indices d'une ancienne occupation humaine. Les labours ou simplement la taphonomie (le vécu) du site font souvent remonter des objets (tessons de céramique principalement, mais aussi objets et éclats en silex, morceaux de tuile...) à la surface. Le prospecteur va repérer voire ramasser ces vestiges exposés à l'air. Cette approche du terrain permettra de repérer et zoner le site, de déterminer sa période d'occupation (grâce à la typologie), voire même parfois, grâce à la répartition du mobilier archéologique, de faire une première analyse de l'organisation spatiale du site (aire artisanale, aire d'habitat, etc).

La prospection aérienne consiste à repérer des sites archéologiques d'un avion et à en prendre des photographies. Les plantes poussent à des vitesses différentes selon la nature du sol. Elles auront tendance à croître plus vite sur un ancien fossé, ce qui fera apparaître ce dernier en plus foncé sur la photographie. Elles se développeront en revanche moins vite au-dessus d'un mur, ce qui fera apparaître ce dernier en plus clair. La prospection aérienne est un outil très utile qui permet parfois d'obtenir des plans entiers de bâtiments (voir photos). Couplée à la prospection pédestre, elle permet d'avoir une approche très complète d'un site archéologique, en attendant une éventuelle fouille. En revanche, cette méthode ne fonctionne pas sur tous les types de terrain ni dans toutes les conditions. Une zone non cultivée, plantée d'arbres ou de vignes ne sera pas exploitable en prospection aérienne. Dernièrement, l'évolution de la qualité des images par satellite accessibles au public a permis une exploitation de ces dernières en prospection "aérienne". Certains sites deviennent ainsi visibles sur Google Maps ou sur Géoportail.

Pour plus d'informations :

La fouille archéologique

La fouille archéologique permet d'explorer un site archéologique. Le but n'est pas de récupérer de beaux objets, mais de mieux comprendre comment nos ancêtres occupaient le site en question, de dater les différentes phases d'occupation, de déterminer à quoi servait chaque partie du site. Afin de pouvoir répondre à ces questions, l'archéologue va donc fouiller le site en stratigraphie, c'est à dire couche par couche. Chaque couche archéologique est différente : la couleur, la compacité, la texture, la granulométrie et la nature des inclusions (présence de sable, de gravier, de petits cailloux, de blocs, de charbons, de terre cuite...), le mobilier présent peuvent varier. Chaque couche différente signifie quelque chose, a un sens. L'archéologue va fouiller chaque couche archéologique de manière isolée, va déterminer quelle couche est la plus récente et la fouiller en premier. Il va nommer la couche en lui donnant un numéro d'US (unité stratigraphique) et va isoler le mobilier archéologique (la céramique, les ossements, le métal...) provenant de chaque US.

La fouille archéologique est destructrice : Une couche ne peut être fouillée qu'une fois, le fait de la fouiller va la faire disparaître à jamais. Il est donc primordial que l'archéologue enregistre un maximum d'informations sur chaque US : Photographies, relevés (dessins) en plan, en coupe, description des différentes US, isolement du mobilier par US, relevé d'altitudes à l'aide de la lunette de chantier...

Une fois la fouille terminée et toutes les données recueillies, l'archéologue va faire un rapport qui permettra à ses successeurs d'avoir accès aux informations concernant le site. Ce rapport sera conservé notamment au SRA (service régional de l'archéologie) où il sera accessible aux chercheurs. En plus de ce rapport, l'archéologue réalisera des publications dans des revues scientifiques, participera à des séminaires dans lesquels il présentera ses résultats à ses collègues, mais fera également connaître au grand public l'issue de ses recherches. Sans rapport, sans publication, c'est comme si le site n'avait jamais existé, car un site archéologique ne peut être fouillé qu'une fois ! C'est pour cette raison qu'il est important que les sites archéologiques soient fouillés par des personnes compétentes. Fournir un rapport au SRA après la fouille est une obligation légale.

Par la suite, le même chercheur ou d'autres reprendront les données de cette fouille pour les inclure dans une réflexion à plus grande échelle : Les comparaisons de plusieurs sites permettront de déduire une évolution dans le temps ou dans l'espace, de différencier des sociétés ou des cultures et de savoir quels peuples vivaient à une époque donnée et quel était leur territoire. L'archéologie n'étant pas une science exacte (essayez de reconstituer une maison entière quand vous n'avez que la poignée de porte, un bout du linteau de la cheminée, une dizaine de briques et un quart d'assiette !), il arrive que certaines théories soient infirmées quelques années plus tard. Mais avec l'avancée constante des recherches, on s'approche de plus en plus près de ce que devait être la vie de nos ancêtres.

L'archéologie programmée

En France, on distingue deux "branches" de l'archéologie qui, bien qu'entretenant des relations privilégiées, sont séparées par un fonctionnement et des objectifs différents. Ainsi, on va distinguer archéologie programmée et archéologie préventive.

L'archéologie programmée est réalisée dans le cadre de programmes de recherche. C'est à dire qu'un chercheur, qui travaille sur un sujet précis (par exemple l'occupation de telle région à telle période), va fouiller un site archéologique dans le but de replacer les informations de ce site dans un cadre plus global. Par exemple en Languedoc-Roussillon, un programme de recherche porte actuellement sur le commerce littoral à l'Âge du Fer (800-50 avant J.-C., avant l'arrivée des Romains). Des questions se posent : Comment les peuples indigènes du Sud de la France commercent entre eux, quelles sont les villes les plus "puissantes" économiquement, et quelle influence opèrent les grandes puissances méditerranéennes de l'époque (Grecs, Phéniciens, Etrusques) sur les populations du Sud de la France. Dans ce cadre, les chercheurs qui travaillent sur ces questions fouillent plusieurs habitats littoraux (de bord de mer). Les informations qu'ils recueillent, en plus de permettre d'en savoir plus sur les sites eux-mêmes, répondent également à des problématiques plus "générales".

L'archéologie programmée est principalement réalisée par :

  • Des membres du CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique), des chercheurs dont c'est le métier.
  • Des professeurs d'université, qui sont par définition "enseignants-chercheurs" et partagent donc leur temps entre enseignement et recherche
  • D'autres personnes ont accès aux fouilles programmées, notamment les amateurs via les associations d'archéologie. La seule obligation, c'est que la personne gérant les fouilles ait de l'expérience et un programme de recherche clair. On ne fouille pas pour fouiller en France, il faut avoir une réflexion scientifique !

L'archéologie programmée est donc réalisée dans un but scientifique avant tout, afin de mieux comprendre notre passé. Elle est le plus souvent gérée par les organismes de recherche (CNRS, universités) et financée par l'état ou les collectivités territoriales. Les fouilles programmées sont la plupart du temps réalisées par des étudiants en archéologie bénévoles sous la direction d'un responsable compétent. Elles sont également ouvertes aux amateurs motivés, le responsable du chantier choissant lui-même qui il accepte. Vous trouverez ci-contre la liste des chantiers de fouilles archéologiques acceptant des bénévoles, fournie par le ministère de la culture.

L'archéologie préventive

L'archéologie préventive diffère de l'archéologie programmée pour plusieurs raisons. Dans l'archéologie programmée, le chercheur va choisir un site pour répondre aux hypothèses scienfifiques qu'il a émises. la fouille sera financée le plus souvent par l'état et/ou les collectivités territoriales. L'archéologie préventive, elle, consiste à "sauver" un site archéologique menacé de destruction à cause de travaux d'aménagement : TGV, canaux de navigation, constructions, terrassements... Une loi, votée en 2001, oblige les aménageurs (privés ou publics) à financer des fouilles archéologiques si les travaux qu'ils entreprennent menacent de destruction un site archéologique : C'est le principe du casseur-payeur. Cela n'empêche pas la destruction du site (les nécessités économiques actuelles passent avant) mais cela permet de sauver les informations et de conserver la mémoire du site détruit.

Au contraire de la fouille programmée qui utilise énormément de bénévoles comme main-d'oeuvre, l'archéologie préventive est une affaire de professionnels. L'INRAP (Institut National de Recherches Archéologiques Préventives) est l'organisme d'état qui prenait en charge jusqu'à présent les fouilles préventives. Depuis peu le secteur est ouvert à concurrence et des sociétés privées d'archéologie ainsi que de nombreux services de collectivités territoriales (communes, communautés de communes, départements) se sont créés. L'aménageur lance donc un appel d'offre et choisit ensuite à quel organisme ou société il confie la fouille.

Pour en savoir plus, consultez la page Archéostock consacrée à l'archéologie préventive.

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